07.01.26 : Rester du bon côté des choses
Mes ami.e.s,
Quand bien même la route se fait chaque jour plus étroite et plus sinueuse, je vous souhaite de continuer à porter le feu le plus loin et le plus longtemps possible, en 2026 et au-delà : mes meilleurs voeux à toustes celleux qui font de leur mieux et essaient de rester du bon côté des choses, bonne année les good guys.
Je vous avais promis plus de régularité : nous y voici, ou presque. Le plan était en vérité d’écrire plus tôt, mais la traversée inopinée d’une semaine de fièvre d’une brutalité de type mythologie nordique, quelque part entre le coma, la NDE et le voyage lysergique, juste avant la déferlante des festivités de fin d’année, a un peu chamboulé le programme… Reprenons où nous nous étions quitté.e.s.
Jour Parfait, ma dernière chanson, est sortie le mois dernier. Comme je vous le disais alors, il s’agit du premier extrait de mon nouvel album. J’y travaille depuis un peu plus d’un an, je l’ai déjà évoqué ici ou là : il s’appelle Y ROILLE, et il sortira le vendredi 13 février, sur mon fidèle label Kidderminster. C’est un disque très personnel, dans ce qu’il raconte mais aussi dans la façon dont je l’ai fabriqué : je l’ai enregistré essentiellement en solo, à la maison, jour après jour, par petites touches. Ça me fait l’impression d’avoir brodé une tapisserie. Ça me fait aussi une impression bizarre de lui ouvrir la porte et de le laisser sortir tout seul. Un peu comme quand le petit dernier part faire ses études à la grande ville, j’imagine. C’est pour bientôt, et pour l’instant je profite encore de ne l’avoir rien qu’à moi. D’ici-là, un nouveau titre extrait de l’album sortira… mercredi prochain ! Ne doutez plus de mes résolutions quant à la régularité.

Y ROILLE se présentera physiquement sous la forme d’un compact disc, serti dans un livre cartonné, une douzaine de pages illustrées en couleurs. Je déteste faire le malin, mais l’objet est de toute beauté. Si le coeur vous en dit (et j’espère que votre coeur a un petit bout d’étagère ou un coin de table de salon qui n’attend que lui), vous pouvez dès à présent PRÉ-COMMANDER Y ROILLE. Je l’enverrai dès qu’il arrive de l’imprimerie, vous devriez donc le recevoir avant sa sortie officielle.
Je participe ce samedi 10 janvier au Marché de l’Illustration, au Brise-Glace à Annecy : j’y serai avec mes précédents livres-disques et mes crayons, peut-être aussi avec quelques dessins originaux. Passez y faire un tour, je vous dessinerai un petit truc. Et pour celleux que je ne croiserai pas samedi, à la semaine prochaine ! Hâte de vous faire écouter le nouveau morceau.
Benny
PS :
Quelques lectures de fin/début d’année : La traversée des sangliers, de Guixing Zhang. Deep Blues, de Robert Palmer. Et encore une fois, Le méridien de sang, de Cormac McCarthy (une relecture en plein épisode de fièvre – ça ne s’invente pas).
Et de la musique aussi : Julos Beaucarne, Junior Kimbrough & Rosanne Cash.
03.12.25 : JOUR PARFAIT
Hey there !
Ici Ben Lupus, et ça fait longtemps… Trop longtemps ? Ils disent que la régularité est la clé du succès. Et si je suis parfaitement honnête, j’ai plutôt tendance à les croire. Mais n’étant pas sûr que le succès soit la clé du bonheur, j’avoue m’autoriser sans trop de mal une certaine flexibilité en terme de régularité – comme vous l’aurez donc constaté. Ceci étant dit, ça fait trop longtemps. Et maintenant l’hiver arrive, sans dragon ni chevalier : ici, entre deux jours sombres comme des nuits, il a même neigé.

Réchauffons-nous malgré le vent froid & les frissons, aujourd’hui est un grand jour pour moi : le premier extrait de mon prochain disque vient de sortir. Ça s’appelle JOUR PARFAIT, et c’est disponible partout où vous écoutez de la musique. C’est même accompagné d’une lyrics video réalisée par mon compère Alex Van Pelt. Je vous laisse ÉCOUTER / REGARDER : j’ai encore une fois essayé d’écrire une chanson de cow-boy, et j’espère du fond du cœur que ça vous plaira ! Le morceau a été adroitement mixé par Nico Mataharie, puis finement masterisé par Emilie Daelemans. Merci à elleux.
Pour fêter ça, je serai en concert ce soir à 18h à la bibliothèque des Pèlerins à Chamonix. Passez me voir si vous êtes dans la vallée ! La suite arrive très vite, il faut que je vous raconte, alors il est possible que je vous écrive un peu plus régulièrement à partir de maintenant. Get ready :)
Enfin, pour ne pas parler que de moi, quelques trucs que j’ai aimés ces derniers temps et qui pourraient vous plaire aussi :
3 bandes dessinées : Obsession, de Nine Antico – Monsieur Chouette, de David B. – Dakota 1880, de Appollo & Brüno.
De la musique : j’espère que vous n’avez pas manqué la sortie de Cabin Fever, le dernier album de mon susmentionné compère, Alex Van Pelt. Déjà un classique.
Et un film : J’arrive un peu après… la bataille, mais je ne dirais jamais assez combien j’ai aimé le dernier film de Paul Thomas Anderson.
Over & out,
Benny
25.06.25 : Frodo & Sam sur le volcan
Hello à toustes,
Un petit mot en ce début d’été, qui ne cache pas son jeu, s’ouvrant sur un épisode caniculaire et, chez moi, dans l’odeur acre de deux colonnes de fumée – pour deux incendies simultanés, une école juste à côté, une grange à foin un peu plus loin (et, bien sûr, plus loin encore, la guerre, les bombes, l’hypocrisie des classes politiques et des élites financières, au code moral plus ténu que celui d’un mafioso de cinéma, etc, etc).
Depuis mon balcon, je pense à mon fils, et à tous les autres enfants de son âge : l’image qui me revient sans cesse, c’est celle de Frodo et Sam et de leur longue traversée du Mordor, dans Le Seigneur des Anneaux. Je souhaite à chaque Frodo Bessac de trouver son Samsagace Gamgie, de pouvoir marcher à ses côtés vers les temps qui s’annoncent, de gravir les pentes inhospitalières du volcan, et de retrouver un jour le Comté.
Cette idée de danger à franchir avant de pouvoir rejoindre la vallée verte, ça convoque immanquablement pour moi For The Children, de Gary Snyder, poète américain et authentique maître à penser, dont la voix mériterait d’être plus connue en France – et je m’agrippe à ses mots, à leur modeste message d’espoir, comme à une bouée :
The rising hills, the slopes,
of statistics
lie before us.
the steep climb
of everything, going up,
up, as we all
go down.
In the next century
or the one beyond that,
they say,
are valleys, pastures,
we can meet there in peace
if we make it.
To climb these coming crests
one word to you, to
you and your children:
stay together
learn the flowers
go light
Les collines escarpées, les pentes
des statistiques
sont là devant nous.
montée abrupte
de tout, qui s’élève,
s’élève, alors que tous
nous nous enfonçons.
On dit
qu’au siècle prochain
ou encore à celui d’après
il y aura des vallées, des pâturages
où nous pourrons nous rassembler en paix
si on y arrive.
Pour franchir ces crêtes futures
un mot à vous,
à vous et vos enfants :
restez ensemble,
apprenez les fleurs
allez léger
(je n’ai pas trouvé le nom du traducteur ou de la traductrice de cette VF glanée sur internet…)
***
Bon, pour vous dire la vérité, j’avais décidé de ne pas parler de trucs trop anxiogènes dans cette newsletter, de ne pas devenir le correspondant chelou qui parle systématiquement d’apocalypse là où d’autres, dans leur com pré-estivale, évoqueraient à la rigueur leurs vacances en van à venir, et plus sûrement encore leurs formidables achievements de la saison. Mais il y a eu les incendies, et l’odeur épaisse d’un bâtiment qui brûle dans la chaleur plombante de cette longue soirée de solstice. En puis j’étais en train de lire le livre que Pascal Bertin a consacré à un autre poète dont la longue fréquentation, depuis l’adolescence, a été déterminante pour moi : David Berman, des Silver Jews, qui s’est ôté la vie il y a bientôt 6 ans. Une lecture qui m’a procuré du plaisir (un livre, un livre entier consacré au saint patron de l’indie rock !), et qui m’a rendu infiniment triste aussi : quand même, quel gâchis. Nique le monde.
Avec mon groupe Coming Soon, et surtout par l’intermédiaire de notre chanteur, Howard, on était en contact avec David depuis une dizaine d’année, de loin en loin : il nous avait fait un dessin pour l’intérieur de la pochette de notre second disque. Sa femme Cassie avait chanté sur notre chanson Radio Broke, et participé à une compilation de notre label, Kidderminster. On recevait quelques mots de lui à chaque sortie, en fans hallucinés, en fidèles incrédules devant cette justification de leur foi : Dieu existe, et en plus il nous parle ! Il avait même été vaguement question, au fil de quelques mails cryptiques dont l’exégèse est devenue douloureuse après son suicide, qu’il vienne en France pour que l’on travaille ensemble, sans que l’on sache vraiment ce qu’il avait en tête… malheureusement, on ne le saura jamais. La plus grosse occasion manquée de ma vie, assurément.

Si vous ne connaissez pas déjà, je vous recommande ardemment de vous plonger corps et âme dans l’écoute de Silver Jews, lyrics sheet en main – et pourquoi pas de le faire en vous accompagnant du bouquin de Pascal Bertin, qui vous guidera dans l’oeuvre tout en dressant le portrait de l’artiste et en replaçant tout ça dans son contexte. Ça s’appelle Au Nom Du Pire, et c’est tout nouveau, sorti par les Éditions du Gospel : je leur dis 1000 fois merci.
D’ailleurs – petite incartade promotionnelle et sans gène, puisqu’à l’heure qu’il est, mon mercantilisme abrasif n’est plus un secret : je rappelle ici que j’ai dessiné un t-shirt pour le Gospel, qu’on peut se procurer là : Sad books saved my life.
***
Donc. Je ne voulais pas d’une newsletter trop déprimante. Hum hum.
En réalité, outre le fait de mentionner gaillardement que mon dernier disque (Higher Ailleurs, JF Pauvros & Mont Analogue) nous avait valu ce mois-ci ma première chronique dans Jazz Mag
(jazzzzz), je pensais initialement consacrer ce message à un événement plutôt joyeux, en tous cas pour moi, survenu il y a tout juste un an : ma décision de déserter les réseaux sociaux, motivée par un refus d’ordre philosophico-politico-moral, spirituel, presque médical peut-être, ainsi que par une gigantesque paresse de continuer à jouer à l’entrepreneur, et en plus selon des règles que je n’avais pas choisies – vous l’aurez deviné, vous le savez vous aussi, il y a beaucoup de raisons incontestablement bonnes qui justifient ce choix.
Après ça, j’ai correspondu ou discuté avec pas mal de gens à ce sujet, et j’ai été étonné de me rendre compte de la sensation d’asphyxie généralisée qu’on m’a témoignée. J’ai été étonné que ce geste simple résonne autant, chez autant de personnes si différentes. Certain.e.s ont fait comme moi, d’autres non. Je ne suis pas un gourou, je me méfie du prosélytisme. Pour info, je continue à penser que ça vaut le coup. Laissons ce monde-là aux robots.
Bien sûr, d’un point de vue strictement pro, il y a des chances que ça reste une énorme connerie : cela a consisté à réduire volontairement ma sphère d’influence, c’est à dire déjà pas grand chose, à sa portion la plus congrue, bien que sans conteste la meilleure (je ne lèche pas vos sandalettes, je le pense sincèrement). Je m’apprête à sortir un nouveau disque cet hiver, et j’avoue que le fait de ne plus disposer de ces outils m’interroge. On verra bien. Et si d’ici-là vous voulez me filer un petit coup de main, please parlez de moi autour de vous, et de cette newsletter à celleux qui me connaissent et m’ont perdu de vue, prêtez mes livres à vos ami.e.s, partagez des liens vers mes disques sur $p*tify ou bandcamp, demandez à la salle près de chez vous d’organiser un concert… n’importe quoi en fait : je sais que vous trouverez si le coeur vous en dit.
***
Puisqu’on parle de l’album à venir, sachez qu’il est fin prêt, mixé, masterisé et tout.
Je crois pourtant qu’il est un peu trop tôt pour vraiment en parler, mais comme j’ai l’impression d’en parler sans en parler depuis un moment maintenant, je vous propose d’écouter une version démo de l’un des titres, enregistrée sur mon téléphone. Ça s’appelle Zone Humide, c’est une chanson d’amour, un petit poème un peu triste.
J’essaierai de partager d’autres trucs du même genre dans les prochains mails !
***
Quelques dates à la rentrée, je les annonce ici au cas où randos et baignades m’empêchent de réécrire entre-temps !
Parmi elles, les premières représentations d’Une Île Nue, le nouveau spectacle de Nicolas Fayol, dont Alex Van Pelt & moi (= Mont Analogue) jouons en live la musique, composée pour l’occasion. C’est un spectacle qui se joue en extérieur, plutôt dans des forêts. Plusieurs semaines de résidence en sous-bois ces derniers mois m’ont fait retomber en amour une fois encore avec l’électronique, et l’idée du synthétiseur modulaire comme analogie des processus intimes du monde vivant. J’ai été rassuré en un sens de la pertinence de voir les machines posées là, totem étrange et chantant au milieu des arbres, des champignons, des oiseaux et des insectes, leur voix alimentant le grand concert ambiant : microcosme artefactuel au sein du macrocosme forestier.
10 septembre : Ben Lupus, solo show @ Chamonix, Bib’en Scène
17 septembre : Faire Fleurir @ Lyon, Les Subsistances, Biennale de la danse
28 septembre : Une Île Nue @ Pont-du-Gard, La Maison Danse – CDCN Uzès
30 septembre – Une Île Nue @ Grabels (Montpellier), Arts Fabrik / l’Atelline
11 octobre – Une Île Nue @ Bagnères-de-Bigorre, Traverse
***
Et pour clore cette loooongue lettre (sorry), la rubrique Thumbs Up 
:
– Je suis tombé par un heureux hasard sur Moi aussi je voulais l’emporter, de Julie Delporte, que je n’avais jamais lue. J’ai été touché au-delà des mots 
– J’ai adoré le livre de Morizot et Husky, Rendre l’eau à la terre. Un livre à la fois intelligent, beau (merci Suzanne Husky) et motivant. Bref, un ouvrage important.
– Et une fois n’est pas coutume, mon gros coup de cœur du moment est une série : Common Side Effects. Je recommande sans limite. Marshall Cuso est mon héros. Les champignons (et les castors) sauveront la planète.
Tout de bon, à vite,
Benny
*Frodo & Sam sur le volcan : dans mes carnets, c’est le titre (et la première ligne) d’une chanson qui galère à se laisser écrire
20.05.25 : Apocalypse 19:14
Les armées qui sont dans le ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtues de lin d’une blancheur parfaite.
Hello à toustes,
Avec le printemps et ses hirondelles revient aussi la saison des manches courtes, et une petite aventure textile de votre serviteur : j’ai dessiné avec fierté le nouveau t-shirt des précieuses Éditions du Gospel (mise en teesh par Romain Barbot). Du XS au XL, en quantités limitées, à commander là : Booknerds of the world, unite !

***
D’autres news pêle-mêle et en vitesse :
Le mixage de mon nouveau disque solo est terminé ou presque, je vais désormais m’attaquer à la conception de l’artefact qui l’accompagnera à sa sortie cet automne. J’ai plein d’idées et il me tarde de me mettre à mon bureau pour dessiner.
La création d’Une Île Nue, la nouvelle pièce de Nicolas Fayol, à laquelle je participe en tant que moitié de Mont Analogue, vient de commencer – beaucoup de temps passé dans la forêt à écouter et à essayer de jouer avec l’environnement sonore de façon non invasive (c’est un spectacle de danse qui sera joué en extérieur : parcs, jardins, bois). À ce propos, toute expertise, point-de-vue ou éclairage sur les questions musique/pollution sonore/faune sauvage est bienvenu, n’hésitez pas à m’écrire (ben.lupus[at]gmail.com). Merci !
On joue la précédente pièce de la team, Faire Fleurir, à l’Escale à Tournefeuille (Toulouse) le 11 juin.
***
Et pour finir quelques trucs qui m’ont touché ces derniers temps :
Musique : Max Ochs, Banani Ghosh, Gérard Manset.
Livres : Hildegarde, de Léo Henry (je recommande ardemment); Watership Down, de Richard Adams (lu à voix haute, pour mon fils. Quel plaisir de relire ce livre); La Séparation des Races, de C.F. Ramuz (toujours un succès). Austerlitz, de W.G. Sebald (croisé en librairie si souvent depuis si longtemps et pourtant jamais lu : c’est bien !).
À très vite,
Benny
14.03.25 : Celebrations for a grey day
Hello à toustes,
Aujourd’hui pas de dissertation sur la course mondiale au chaos et à la barbarie, qui continue pourtant à occuper mes pensées ces jours-ci : l’obscurité et la violence guettent, et ce sont des choses qui ne feront du bien ni à ceux qu’on aime, ni à aucun d’entre nous. Inquiet, je continue néanmoins à essayer de faire des trucs qui ont du sens pour moi et qui, peut-être, peuvent contribuer à très petite échelle à nous relier les uns aux autres. Cela prend de multiples formes, au gré de diverses congrégations d’énergies, avatars ou projets – avec plusieurs zones d’affleurement dès demain puis dans les semaines ou mois qui suivent : retrouvons-nous là-bas.

Je profite de cette salve d’informations pour dérouler vite fait mon étal, si l’envie vous prend de faire votre marché, à la recherche de quelques-uns de ces artefacts physiques qui prêtent leur corps à la musique : mon disque/livre Forêts Futures va bientôt fêter sa première année. Je crois qu’il est toujours « relevant » comme on dit en anglais. En tous cas, artistiquement parlant, ça reste mon plus gros accomplissement personnel. Il s’achète LÀ. Higher Ailleurs (JF Pauvros + Mont Analogue) sera avec nous le 21 à la Java, mais pour les malheureux qui ne pourront pas venir, on peut le trouver LÀ, édition vinyle ou cd. Le précédent disque de Mont Analogue, Faire Fleurir, n’est pas loin non plus.

Lectures : Ernst Wiechert, Roman d’un berger; le numéro 1 de la revue Amateur•e (Le Gospel); Jolie Blon’s Bounce de James Lee Burke (trouvé dans une boîte à livres pile après avoir revu avec délice In The Electric Mist de Tavernier).
Musique : Celebrations for a grey day (Mimi + Richard Fariña), Hortense Ellis, Johnny Cash.
J’espère vous croiser un de ces jours,
À la prochaine,
Benny
14.02.25 : Bolano, Zuckerberg & la Saint-Valentin
Dans « Nocturne du Chili », un des premiers romans de Roberto Bolano traduits en français, il y a une longue tirade où le narrateur, qui est un abject complice du régime de Pinochet, déroule une liste d’évènements qui menèrent au renversement du président Allende et au coup d’état et à la dictature réactionnaire. Parallèlement à cette liste, il en dresse une seconde : celle de ses lectures de l’époque, le narrateur s’étant alors mis à lire les classiques grecs, en partant d’Homère et jusqu’à Platon, en passant par Esope, Hésiode, Hérodote, etc… vous avez compris. Histoire et livres s’entrelacent dans ces deux-trois pages hypnotiques, et je vous conseille de lire ce court roman si vous ne le connaissez pas.
Je pense à ça, d’abord parce que je suis en train de relire 2666, du même Bolano, mais aussi et surtout parce que j’ai passé moi-même un peu de temps ces derniers mois avec Homère et le romain Virgile, tandis qu’autour de nous le basculement dans l’horreur apparait toujours plus imminent, et que nombre de nos contemporains semblent l’accueillir avec joie en se roulant sans gêne dans la boue de l’extrême droite. Alors oui, avec ce personnage et nos lectures communes, je me trouve en poisseuse compagnie. Mais, à travers lui, et sans doute comme Bolano lui-même, je me demande ce que peut en vérité la littérature face au réel : est-ce que l’Iliade, avec tout ce que sa lecture m’a inspiré de réflexion sur la nature irrémédiablement belliqueuse de l’humanité, est une manière de me confronter au monde, ou au contraire de le tenir à distance en me cachant dans un passé lointain et mythique ? Et la musique ? Et Bob Dylan ?
Bon, j’ai pas de réponse, hein. À la place, je viens de finir d’enregistrer un nouvel album solo, et cette question des mythes et des récits, et une sorte d’espoir que ça pourrait constituer un refuge, et pourquoi pas à partir de là participer à conjurer le mal, tout ça m’a accompagné au travers de ce processus. Ce n’est pas encore mixé, et ça ne sortira pas avant plusieurs mois, je n’en parle pas plus pour le moment. Mais voilà néanmoins ce qui m’a beaucoup occupé depuis septembre, au cas où cette question vous préoccupe. Le disque étant fini – enfin… la première partie du boulot – j’en profite pour faire le tour des choses qui m’avaient semblé moins urgentes et que je m’étais néanmoins promis de faire. Relire 2666, donc. Mais aussi, pourquoi pas, commencer à vous écrire de façon plus ou moins régulière : nous y voici les ami.e.s, ici Benjamin Lupus, votre correspondant dans les Alpes, pile à l’heure pour la Saint-Valentin.

Hate to say I told you so
Ce n’était vraiment pas une surprise, et il est exagéré de dire que quelque masque soit tombé, mais les allégeances récentes de ceux qui les possèdent ont exposé sans ambiguïté cette fois la nature intrinsèquement fasciste des réseaux sociaux (et, sans déconner : du monde de la tech et du monde dont rêve la tech). Je me permets donc un petit point stratégie et hygiène de vie : après plus de 6 mois loin d’Instagram & autres, et sur un plan purement personnel qui forcera certes à relativiser l’importance de cette information, tout va bien. Les gnostiques de l’internet ont tenu parole : la vraie vie est ailleurs, les étoiles sont bien des trous dans le dôme d’obscurité qui nous dissimule la vraie lumière et… mmmmh, ok, je vois vos mines dubitatives, vos sourires embarrassés. Et pourtant. Quelque chose me dit que si tout le monde faisait ça, beaucoup de choses pourraient aller beaucoup mieux, très vite, et très largement. Même pas besoin de migrer vers d’autres plateformes virtuelles, laissons simplement tomber. Franchement. Laissons derrière nous ce bref moment d’hallucination collective.
Bon, ok, ok. En toute honnêteté, je ne vais pas me mettre à militer ici, benlupus.com, pour la désertion numérique, mais je me dis quand même qu’en parler un peu, brasser ce genre d’idées, engager une conversation sur le sujet… ça ne peut pas nous faire de mal, nan ?
Higher Ailleurs
Pour continuer un peu dans cette veine, j’ai participé à un disque qui vient de sortir, qui est bien réel et qui pour autant n’existe pas sur internet. Je ne sais pas si une telle entreprise est encore possible, si elle a un sens, mais c’est l’occasion de le découvrir. Ce disque s’appelle Higher Ailleurs, il est sorti la semaine dernière chez Kidderminster (CD et LP). J’y ai participé en tant que moitié de Mont Analogue (l’autre moitié étant Sir Alex Van Pelt), et c’est le fruit d’un long travail commun avec notre héros et gourou le guitariste J-F Pauvros, dans lequel nous avons été vaillamment assisté par notre fidèle Nico Mataharie. Je peux dire sans mentir que c’est le disque sur lequel j’ai travaillé le plus longtemps jusqu’à présent, et ça valait le coup, parce que j’en suis très fier. Vous pouvez le commander sur BANDCAMP, ou chez le disquaire le plus proche de chez vous – oui, il y a des chances qu’il y en ait un quelque part.
Nous serons en concert à la Java, à Paris, le 21 mars 2025. L’entrée est à 5 euros et ça va être quelque chose de très spécial, alors j’espère qu’on s’y verra si vous êtes dans le coin.
Encore un mot sur Higher Ailleurs et le concert du 21 mars : tout ça existe parce que notre ami Jean-Marc a organisé la rencontre JFP/Mt Analogue il y a plus de dix ans, et j’aurais aimé qu’il soit avec nous pour accueillir et célébrer ce nouveau disque et le retour du printemps. On pensera fort à lui ce soir-là.

D’autres trucs :
À la prochaine,
Benny

29.06.24 : Hello les ami.es
J’en ai marre des réseaux sociaux, j’abandonne et je fais la révolution : je crée un site internet et une mailing list. Nous sommes en 2002, bienvenue dans le futur. N’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter pour écouter des trucs nouveaux ou in progress, lire une planche de bd tout juste encrée, savoir quand je joue pas loin de chez vous, ou ne surtout pas manquer les recommandations du club lecture… promis j’écrirai pas trop souvent :)
Your penpal forever, Benny
